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L'écoute : l'oreille et le cerveau.

TheAthenA714

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La musique est un sujet passionnant pour tout scientifique qui se respecte.

Cette phrase d'introduction peut paraitre bizarre lorsque l'on parle d'un art, on se demande sans doute ce que la science vient faire dans l'art vu qu'on oppose souvent les deux. Et pourtant, les deux sont très intimement liés dans ce domaine, et c'est toujours intéressant pour un musicien d'essayer de comprendre un peu plus de choses sur le sujet.

 

La science et notre oreille

Sans trop rentrer dans les détails anatomiques, notre oreille est un outil de mesure. Elle contient un tympan tout au fond, qui agit exactement comme un micro : le tympan capte les vibrations de l'air (un son), et le transforme en signal électrique. Notre oreille est un outil purement objectif. Quelque soit le nombre de fois ou on répète l'expérience, un tympan (en bon état) transformera toujours un même son vers le même signal électrique.

 

Cette première notion est très scientifique, puisque nous pouvons mesurer ces mêmes sons avec des outils scientifiques. Et ces outils surpassent parfois la précision de l'oreille humaine. Le boulot des scientifiques consiste donc à capter les vibrations de l'air produites par un instrument, d'analyser ces sons, et d'essayer d'en déduire des règles physiques.

 

Comment un son est définit ? Qu'est ce qui change entre un son de piano et un son de guitare ? Pourquoi certains sons sonnent bien ensembles et pas d'autres ? Pourquoi certains accords sonnent tristes, et d'autres joyeux ? Pourquoi y a t'il des différences dans la musique de différentes régions du monde ? Ou de différentes époques ?

 

Beaucoup de gens se sont posés ces questions (et bien d'autres), et les scientifiques ont trouvé beaucoup de réponses. Grâce au pouvoir de la science, ils ont su définir précisément les sons, avec des valeurs mesurables, quantifiables, sur lesquelles on peut faire des calculs, pour finalement formaliser tout ça dans des systèmes de notes et d'harmonie. Sans cette démarche (qui remonte quand même à Pythagore, voir même peut-être plus loin), la musique serait un beau bordel. On aurait aucun moyen de savoir ce qu'est un "do", la notion même de note n'existerait pas, et sans ça on perdrait toute capacité d'écriture, de communication, de transmission, d'explication et d'enseignement de la musique. La seule solution qui resterait serait la transmission orale, d'une personne à une autre, entièrement dépendant de la mémoire de ces personnes.

 

Mais pourtant, certaines questions résistent encore à l'analyse des scientifiques. Par exemple, pourquoi certains sons sonnent bien ensembles et pas d'autres ?

 

L'art et notre cerveau

Les scientifiques ont essayé de répondre à cette question, sans succès. Ils ont trouvé un bout de réponse, mais ça ne suffit pas pour tout expliquer.

 

La raison à ce manque de réponse est simple : l'écoute de la musique ne s'arrête pas à une bête transformation d'un son en un signal électrique. Notre cerveau qui va recevoir ce signal électrique va interpréter ce son. Et notre cerveau est intelligent, très intelligent.

 

On sait qu'il y a énormément de facteurs qui vont influencer notre interprétation de la musique. Parmi ceux-ci on peut citer :

  • la culture musicale : la première fois qu'on est exposé à une nouvelle culture (par exemple la culture asiatique), notre cerveau ne sait pas du tout comment interpréter ça. Il ne sait pas quelle émotion cet accord est censé susciter, il ne sait pas si cette mélodie est censée être belle ou moche, il est perdu, et souvent il va essayer d'interpréter cette nouvelle musique de la même façon qu'il interprète la musique qu'il connait déjà. A l'inverse, quelqu'un qui a écouté du jazz toute sa vie sera parfaitement à l'aise en écoutant un nouveau morceau de jazz, puisqu'il y reconnaitra tout un ensemble d'accords, de mélodie et de "codes" propres à ce style.
  • les gouts personnels : on a tous des gouts différents, mais on ne sait pas trop comment les définir. On sait que nos gouts sont façonnés par notre expérience musicale (ça rejoint le point sur la culture plus haut), mais y a t'il une partie de gouts "innés" ? Est ce que certaines personnes sont physiquement incapables d'aimer le jazz, ou alors est ce que tout le monde peut être amené à apprécier cette musique une fois "entrainés" ? On ne sait pas trop. Ce qui est sur, c'est que les gouts varient grandement d'une personne à l'autre.
  • le contexte : notre cerveau a une mémoire auditive. Lorsqu'il entends un accord, il se base sur ce qu'il a entendu juste avant pour interpréter cet accord. Et un même accord peut avoir une interprétation très différente suivant le contexte. Et ça marche pareil pour les mélodies, ou plus généralement pour le style. Un morceau de métal agressif sera beaucoup plus facile à apprécier au milieu d'un concert de métal que si il est précédé d'un smooth jazz.
  • l'attention : il y a deux types d'écoute, l'écoute passive et l'écoute active. L'écoute passive, c'est lorsqu'il y a une musique de fond à laquelle vous ne prêtez pas attention, dans un bar pendant une conversation par exemple. L'écoute active, c'est lorsque vous focalisez votre attention sur une musique, pendant un concert ou chez vous au chaud à coté de votre chaine hi-fi. Dans les deux cas, votre cerveau interprète quand même la musique, mais il l'interprète différemment. C'est la raison pour laquelle la musique de film est très différente de la musique "normale", l'attention du spectateur est focalisée sur l'écran, les mouvements, les dialogues, et le compositeur doit utiliser des codes différents pour "exploiter" ce manque d'attention.
  • la fatigue : comme pour l'attention, notre état physique et mental va influer sur notre interprétation de la musique. Ca ne vous ai jamais arrivé de rentrer après une grosse journée de travail et de ne pas supporter ce morceau qui passe un peu fort à la radio, alors que d'habitude vous l'aimez bien ?

Il y a énormément d'autres facteurs que l'on peut citer, et beaucoup d'hypothèses qui sont émises sur ces sujets là. Malheureusement (ou heureusement ?), ce sont des domaines que les scientifiques ne peuvent étudier que très difficilement, vu que ces facteurs varient grandement d'une personne à l'autre, et qu'on peut difficilement les quantifier. La "meilleure" solution à l'heure actuelle est de faire passer des IRMf à des sujets de tests, mais là encore les résultats sont peu fiables. Est ce qu'une différence entre deux personnes dans une expérience est du à un fonctionnement particulier du cerveau qu'on retrouvera chez tout le monde, ou est-ce tout simplement du à leur gouts ?

 

En bref, si notre oreille est un outil purement scientifique et objectif, c'est notre cerveau qui s'occupe de la partie subjective et artistique de la musique.

 

Conclusion ?

Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai commencé en disant "La musique est un sujet passionnant pour tout scientifique qui se respecte." Le but de la science est d'expliquer le monde qui nous entoure, et les scientifiques ont beaucoup de mal à expliquer la musique. Beaucoup de questions sans réponses, beaucoup de facteurs difficiles à quantifier, c'est un sujet ou il y a encore énormément de choses à découvrir. Sans même être sur qu'on pourra tout découvrir un jour.

 

Pour autant, faut il se réjouir de ces avancées scientifiques ? Une part importante de la "magie" de la musique est justement son inexplicabilité, ses surprises, cette part de subjectivité qu'on arrive pas à dompter. Si on pouvait tout quantifier, tout calculer, alors il serait très aisé de créer de la musique qui plaira à tout le monde.

 

Personnellement, j'ai plusieurs choses à dire sur le sujet.

Premièrement, le cerveau est très complexe, et on est très loin de pouvoir comprendre tout ce qui se passe quand on écoute de la musique. D'autant que toutes ces notions évoluent de générations en générations, et on est pas au bout des surprises que la musique peut apporter.

Deuxièmement, même si on arrivait à ce Graal de la connaissance complète, je pense qu'on s'en fout. Que l'on puisse expliquer pourquoi une oeuvre nous plait ou non, ça ne change rien au fait que cette oeuvre nous plait.

Pour finir, certains ont peur que la musique perde sa richesse, qu'elle devienne aseptisée (un peu comme ce qui se passe avec les morceaux qu'on entends à la radio), mais je pense que ce sera tout l'inverse. La richesse de la musique est là pour une raison, parce qu'on aime cette richesse. Si la science pouvait un jour résumer toute la musique à une série d'équations, alors ça prendrait en compte cette richesse, et ça nous permettrait sans doute d'explorer des pistes jusque là encore inexplorées.

 

Je pense qu'on a encore beaucoup à découvrir sur la musique, sur la façon dont on l'interprète, et sur l'influence qu'elle a sur nous. Je suis personnellement impatient de voir toutes ces découvertes et l'évolution musicale qui va en découler. Alors ce n'est pas avec point final que je conclurais cet article, mais avec

 

A suivre ...



4 Commentaires


Commentaires recommandés

les gouts personnels : on a tous des gouts différents, mais on ne sait pas trop comment les définir. On sait que nos gouts sont façonnés par notre expérience musicale (ça rejoint le point sur la culture plus haut), mais y a t'il une partie de gouts "innés" ? Est ce que certaines personnes sont physiquement incapables d'aimer le jazz, ou alors est ce que tout le monde peut être amené à apprécier cette musique une fois "entrainés" ? On ne sait pas trop. Ce qui est sur, c'est que les gouts varient grandement d'une personne à l'autre.

 

Si je pense qu'il y a une grande partie d'éducation, je suis certain qu'il y a une partie de goût innée. Tu peux faire ce que tu veux, tu ne me feras pas manger une endive entière sans me faire vomir. Il doit y avoir la même chose en musique.

 

Certaines personnes doivent surement naturellement tendre vers un besoin de stabilité, d'instabilité, de stress, d'éthéré, etc.

Ces sentiments, je les pense évolutifs et, puisque l'éducation entre en jeu (si tu n'aimes pas le jazz, une note out parait déjà troublante tandis que si tu es habitué, presque plus rien ne te semble faux), je pense qu'il est impossible d'en tirer une conclusion franche aussi nette qu'avec la bouffe, mais il doit y avoir de l'idée, j'en suis sûr. Encore aujourd'hui, il y a des tas de musiques avec lesquelles je me sens mal, agressé, mal assis, mon jean qui gratte et tout ce que tu veux quand je les entends, notamment du rap ou du David Guetta, même en fond sonore.

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Que dire...Gros pavé qui pourrait durer encore, c'est vrai.

On rejoint plusieurs topics.

Le cerveau est vraiment "bizarre" et je me suis souvent demandé si il ne peut pas se débloquer pour que je sois meilleur en musique.

Pourquoi lorsque l'on écoute un album en voiture, qu'on s'arrête parfois plus d'une heure chez qq'un, pourquoi est on capable de reprendre la musique ou les paroles lorsque la voiture redémarre.

Sinon, un jour en ayant fini de nuit, je me lève vers 13h avec Foule sentimentale de Souchon dans la tête, je descends les escaliers, arrive dans la cuisine , allume la radio et vous l'avez deviné Foule sentimentale passer.

Ça , c'est pour les anecdotes.

L'oreille sert de récepteur , et est-ce que le cerveau peut servir d'émetteur ? Je pense que oui, à travers ces signales électriques et via nos membres et muscles.

J'aimerais tant être clairvoyant dans le domaine musical, je suis certain que certains ont ce don et qu'ils ne s'en rendent pas compte.

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Eh bien! y a énormement de matière à cogiter dans ce billet. Normal, tout ce qui concerne notre cerveau et son fontionnement reste encore très méconnu par les scientifique et c est pas plus mal à mon avis.

concernant, la musique et nos goûts musicaux, je me suis toujours posé la question de savoir pourquoi je n avais pas de préférence particulière pour un tel ou un autre style musical ? pourquoi mon cerveau me fait m extasier autant sur du classique, du rap, espagnolade, bossa, metal,folk, pop..et j en passe ?

 

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